1. Pourquoi cette politique existe
Ukweli Coalition forme, équipe et connecte des journalistes dans une région où le journalisme indépendant s'exerce souvent dans des conditions réellement dangereuses : rédactions fermées, interdictions de diffuser, attaques, harcèlement et exil. Une politique éditoriale commune permet à un reportage soutenu par Ukweli dans la région des Grands Lacs africains d'avoir le même poids que celui d'une grande rédaction : les lecteurs, les partenaires et les bailleurs de fonds, en particulier notre public dans la région, doivent savoir que chaque contenu publié ou copublié par Ukweli a été réalisé et vérifié avec la même rigueur, quel que soit son lieu d'origine ou le danger qu'a représenté son reportage.
Cette politique s'applique aux journalistes, aux médias et aux partenaires avec lesquels nous collaborons, ainsi qu'à notre équipe éditoriale, chaque fois qu'ils réalisent, éditent ou publient un travail sous le nom d'Ukweli ou avec son soutien, que le reportage final paraisse sur nos propres canaux ou par l'intermédiaire d'un média partenaire.
2. Notre mission éditoriale
Ukweli existe pour renforcer le journalisme approfondi et d’investigation en Afrique de l'Est, en particulier dans la région des Grands Lacs africains, par la formation et la collaboration transfrontalière. Ukweli s'engage en faveur d'un journalisme d'intérêt public qui demande des comptes aux dirigeants et aux puissants, afin d'apporter un changement positif pour les communautés.
3. Valeurs fondamentales
- L'exactitude d'abord : nous préférons être en retard et avoir raison plutôt que d'être les premiers et nous tromper. Chaque fait, nom, date et chiffre doit être vérifié auprès d'une source primaire avant publication.
- Indépendance : les décisions éditoriales sont prises par l’équipe éditoriale et les reporters seuls. Aucun bailleur de fonds, gouvernement, donateur ou organisation partenaire ne peut dicter l'angle, le calendrier ou l'issue d'un reportage.
- Équité : toute personne accusée de méfaits est sollicitée pour donner sa réponse avant publication, et cette réponse est restituée fidèlement.
- Les preuves plutôt que les suppositions : les affirmations s'appuient sur des documents, des données, des entretiens « on the record » (avec des sources identifiées) ou des éléments de source ouverte vérifiables, et non sur des rumeurs ni sur ce que « tout le monde sait ». Nous considérons les sources anonymes comme un dernier recours, et non comme une commodité. L'anonymat ne peut être accordé que lorsque l'information est essentielle au reportage et ne peut être obtenue d'aucune autre manière. Le reporter doit connaître la véritable identité de la source et évaluer son accès direct à l'information, sa fiabilité et ses motivations éventuelles.
- Devoir de protection : aucun reportage ne vaut la vie d'une source ou d'un journaliste. Des évaluations de sécurité sont réalisées avant, pendant et après tout reportage sensible, et un reportage peut être retardé, remanié ou abandonné si le risque encouru par les personnes concernées l'emporte sur l'intérêt public.
4. Sources et vérification
Ukweli applique la norme en vigueur dans les médias d'investigation avec lesquels il travaille : rien n'est publié sur la foi d'une seule source non vérifiée.
- Les documents (fuites, contrats, pièces judiciaires, imagerie satellite, dossiers financiers) sont authentifiés dans la mesure du possible et recoupés avant d'être utilisés.
- Le recours à des sources anonymes est un dernier recours, utilisé uniquement lorsqu'une source court un risque réel de préjudice et que l'information ne peut être obtenue « on the record ». Les rédacteurs en chef doivent connaître l'identité de la source, même si les lecteurs l'ignorent, et la raison de l'anonymat est indiquée dans le reportage.
- Les contenus issus des réseaux sociaux ou générés par les utilisateurs sont vérifiés quant à leur authenticité, leur origine et leur date avant d'être utilisés.
- Tout reportage soutenu par Ukweli fait l'objet d'une seconde relecture par un éditeur qui n'a pas participé au reportage.
5. Droit de réponse et corrections
- Toute personne ou institution visée par des allégations graves se voit offrir une véritable possibilité de répondre avant publication, avec suffisamment de temps et de précisions pour pouvoir répondre de manière pertinente.
- Le refus ou l'absence de réponse est indiqué clairement dans le reportage.
6. Indépendance et conflits d'intérêts
- Les journalistes déclarent toute relation personnelle, financière, familiale ou politique susceptible de compromettre un reportage, et se retirent des sujets pour lesquels un tel conflit ne peut être géré.
- Ukweli n'accepte ni paiement, ni cadeau, ni traitement de faveur de la part des sujets couverts, et ne permet pas aux bailleurs de fonds ou aux organisations partenaires de relire ou d'approuver un contenu avant sa publication.
- Le rôle d'Ukweli en tant que formateur, pourvoyeur de subventions et organisateur d’évènements reste visiblement distinct de son rôle d'éditeur ou de coéditeur de tout reportage donné.
7. Travail collaboratif et transfrontalier
Une grande partie du journalisme le plus précieux d'Ukweli sera produite conjointement, entre rédactions, par-delà les frontières et les langues.
- Dans le cadre d'enquêtes conjointes, un éditeur référent est désigné pour coordonner la vérification des faits et valider le texte final, afin que la responsabilité de l'article ne soit jamais partagée entre les partenaires.
- Les médias partenaires qui publient un travail soutenu par Ukweli s'engagent à l'avance à respecter les mêmes normes en matière de sources, de droit de réponse et de corrections que celles énoncées dans la présente politique.
- Chaque partenaire conserve le droit d'adapter la langue, la longueur et le format pour son propre public, à condition que les faits essentiels et les attributions ne soient pas modifiés.
8. Recours à l'intelligence artificielle
Les outils de l’IA peuvent soutenir le journalisme d'Ukweli, mais ils ne réalisent ni ne vérifient les publications. Un journaliste et un éditeur, tous deux humains, restent responsables de chaque fait publié sous le nom d'Ukweli.
- Les usages autorisés comprennent la transcription et la traduction, la recherche documentaire et la synthèse de vastes ensembles de documents. Chaque résultat est vérifié de manière indépendante auprès de sources primaires avant d'être utilisé.
- Un texte généré par l'IA n'est jamais publié comme texte final. Une aide à la rédaction est permise, mais le reporter et l’éditeur réécrivent et vérifient l'article avec leurs propres mots avant sa publication.
- L'IA n'est pas utilisée pour fabriquer, modifier ou améliorer des citations, des images, des enregistrements audios ou des vidéos. Toute image, tout enregistrement audio ou toute vidéo généré ou modifié par l'IA est clairement signalé comme tel, si son authenticité ne peut être établie, il n'est pas utilisé.
- Les journalistes informent l’éditeur lorsque l'IA a joué un rôle important dans la recherche ou la production d'un reportage, afin que ce rôle puisse être pris en compte lors de la vérification des faits et, le cas échéant, être signalé aux lecteurs.
9. Sécurité et protection
- Les reporters et les éditeurs évaluent les risques physiques, numériques et juridiques avant d'entreprendre des reportages sensibles, puis de nouveau avant la publication, avec le soutien d'Ukweli et de ses partenaires en cas de besoin.
- La protection des sources est absolue : les identités, les coordonnées et les documents non publiés ne sont jamais communiqués aux bailleurs de fonds, aux partenaires ou aux autorités sans le consentement explicite et éclairé de la source.
10. Révision
La présente politique est un document évolutif. Elle peut à tout moment être révisée dans l'intérêt du journalisme d'intérêt public, afin de rester en phase avec le fonctionnement réel d'Ukweli et avec les meilleures pratiques des réseaux d'investigation avec lesquels il collabore. Tout acteur collaborant avec Ukweli peut proposer des modifications.
